Menhir de Ger

Menhir de Ger

Redécouverte du menhir de Ger

Alors que la municipalité de Ger venait de décider la mise en culture des landes sauvages de la commune, le maire Emile Lagalaye eut l’intuition le 7 novembre 1962 d’aller trouver Léopold Pyhourquet, grand amateur d’histoire et de vielles pierres, pour lui signaler la présence d’une grosse et longue pierre dans la lande de Roye, quartier Marque Debat.

Après autorisation de la Direction des monuments historiques, les minutieuses fouilles entreprises par M. Pyhourquet avec l’aide de M. Loubergé, professeur d’histoire à la Faculté des Lettres de Pau, permirent de découvrir que la pierre en question, en partie enterrée, était cassée en deux dans le sens de la longueur, que sa nature schisteuse était étrangère à tout son environnement et qu’elle était entourée de fragments de poterie, d’un silex taillé et de fragments de fer.  L’expertise de M. Coquerel, préhistorien appelé à la rescousse, confirma qu’il s’agissait bien d’un menhir renversé d’un volume exceptionnel.

Les expertises successives établirent que les cannelures longitudinales apparentes sur cette pierre étaient le fruit d’une très longue érosion et la preuve d’une position verticale maintenue pendant de nombreux siècles. Il fut également découvert que la base du menhir était en partie tronquée depuis son origine et que ce manque de matière avait été compensé lors de son érection originelle par un bourrage de galets. Est apparue également la présence d’une couche de charbon de bois sous le pied de ce monument.

Les préhistoriens estiment que ce monolithe a été transporté et érigé dans cette partie de la lande de Ger par des hommes du néolithique il y a environ 3500 ans. La présence de ces derniers sur le plateau de Ger est d’ailleurs largement attestée par l’existence de très nombreux tumuli.

Pourquoi ce menhir était-il renversé ?

Interrogés à ce sujet, il revint à la mémoire de vieux paysans que pendant la guerre de 1914-1918, des militaires à l’entraînement au Camp de Ger eurent la malheureuse idée d’expérimenter les vertus de la dynamite sur ce vieux monument qui n’en demandait pas tant, avec pour résultat de briser une partie du pied et de sectionner le reste en deux parties sur le plan longitudinal.

Menhir de Ger

Menhir de Ger

Morphologie du menhir

Il mesure 4,8 mètres en longueur totale et sa section maximale, rectangulaire, est définie par des côtés de 1,7 m et 1,1 m. Il est fait de schiste dur gris bleu fortement veiné. Son poids, déterminé à partir de son volume et de sa densité, est de 17 tonnes (il était d’environ 18 t avant son dynamitage). Il est le plus important des Pyrénées occidentales.

Sur le haut de sa face ouest apparaissent un grand nombre de cupules (creux circulaires) de toutes tailles, les plus grandes pouvant atteindre 10 cm de diamètre pour 1 cm de creux. Si l’origine de ces concavités est difficilement explicable par un phénomène naturel, on ne peut pour autant leur donner de signification ou de fonction précise. 

Le pied du menhir, dans son état actuel, comporte une grande entaille en V renversé, due sans aucun doute au dynamitage. Une partie de ce morceau manquant a été retrouvée mais n’a pas été remise en place lors de sa reconstitution afin de ne pas en affecter la solidité. Ce morceau a été posé sur le sol à la base du menhir et peut désormais servir de siège au visiteur exténué ou méditatif.

Reconstitution – Réédification

Ce n’est qu’en 1965 qu’ont été réunis les moyens de la réparation et de la réédification du menhir, notamment grâce à la participation financière de la commune, à l’aide apportée par de nombreux bénévoles et la mise à disposition d’une grue par la Société nationale des pétroles d’Aquitaine. La plus grande difficulté a été l’ajustage exact des deux parties principales d’un poids respectif de 5 et 12 tonnes. Après une longue réflexion, il a été au final décidé, pour résister aussi bien à sa manipulation qu’aux intempéries, d’utiliser une résine de moulage à froid à durcisseur catalysant (Araldite D CY). Ce choix, novateur à l’époque, apparaît à ce jour toujours judicieux.

Le menhir a été érigé sur le bord du chemin communal à une vingtaine de mètres de son emplacement primitif. Conformément aux recommandations et à la pratique des archéologues, la partie enterrée du menhir, soit 1,80 m, est identique à ce qu’elle était originellement. La partie visible a donc environ 3 mètres de hauteur. La masse manquante à la base du menhir a été remplacée par du béton vibré et une charge de galets; le bord du puits creusé à cet effet a été largement évasé et rempli de béton. On peut rétrospectivement regretter d’une part qu’il n’ait pas été replacé à son endroit originel et d’autre part que son embase ait été noyée dans le béton (observons qu’il avait bien résisté plus de trois mille ans sans autre aide que la profondeur de son ancrage et le calage par la terre et les galets).

Le menhir de Ger est propriété de la commune, il est sous la protection de la Direction des Monuments historiques et classé monument historique par Arrêté du  22/08/1966 (référence Mérimée: PA00084391). La Direction des monuments historiques a décidé que le menhir porterait le nom de son inventeur, M. Pyhourquet, que l’on doit remercier pour sa ténacité à mener à terme la restauration de cet unique monument historique de la commune.

 

Sources :

  • Article de presse de L. Pyhourquet
  • Article de R. Coquerel
  • Direction des monuments historiques